Le rendez-vous incontournable de l'écosystème tech français
Les 5 et 6 novembre 2025, Paris Expo Porte de Versailles a vibré au rythme du Tech Show Paris, l'événement phare de la scène technologique française qui a réuni près de 8000 professionnels passionnés d'innovation. Cet événement majeur, organisé sur deux jours intenses, a rassemblé cinq salons co-localisés formant un écosystème complet : Cloud & AI Infrastructure, Cloud & Cyber Security Expo, DevOps Live, Data & AI Leaders Summit et Data Centre World.
Cette cinquième édition du Tech Show Paris s'est distinguée par une programmation particulièrement riche avec plus de 170 conférences et tables rondes animées par des experts reconnus du secteur. L'événement a confirmé son statut de plateforme d'échange privilégiée pour les décideurs IT, CISO, data scientists, architectes cloud et développeurs cherchant à comprendre les tendances technologiques qui façonneront 2026.
Le timing de l'événement n'était pas anodin : alors que l'intelligence artificielle générative poursuit sa pénétration fulgurante dans les entreprises et que les cybermenaces atteignent des niveaux de sophistication sans précédent, le Tech Show Paris a offert un espace de réflexion stratégique crucial pour naviguer dans cette transformation numérique accélérée.
L'IA générative : entre promesses et limites opérationnelles
Les cas d'usage concrets présentés par les grands groupes
L'une des thématiques phares du salon concernait les cas d'usage et limites de l'IA générative en entreprise. Aldrick Zappellini, Chief Data Officer du Groupe Crédit Agricole, a présenté lors d'une conférence plénière comment la banque déploie des assistants IA pour automatiser le traitement de demandes de crédit, réduisant le temps de traitement de 40% tout en maintenant un contrôle humain sur les décisions finales.
Plusieurs retours d'expérience ont illustré les gains de productivité mesurables apportés par l'IA générative dans différents secteurs :
Développement logiciel : Des entreprises comme Dassault Systèmes ont témoigné de l'adoption massive de GitHub Copilot et autres assistants IA de codage, avec une augmentation de 25 à 35% de la vélocité de développement sur les tâches répétitives. Cependant, les speakers ont insisté sur la nécessité d'une revue de code systématique pour éviter l'injection de vulnérabilités ou de code non optimisé.
Service client : L'intégration de chatbots alimentés par GPT-4 et Claude permet de traiter jusqu'à 70% des demandes niveau 1 sans intervention humaine, libérant les agents pour se concentrer sur les cas complexes nécessitant empathie et jugement nuancé.
Analyse de données : Les outils de Business Intelligence augmentés par l'IA comme Microsoft Fabric permettent désormais à des utilisateurs métier non techniques de générer des rapports complexes en langage naturel, démocratisant l'accès aux insights data.
Les limites et risques identifiés par les experts
Cependant, le salon a également mis en lumière les limites et risques critiques de l'IA générative qui tempèrent l'enthousiasme initial :
Hallucinations et fiabilité : Plusieurs intervenants ont partagé des exemples préoccupants de "hallucinations" où les modèles d'IA généraient des informations factuellement fausses mais présentées avec une apparence de certitude. Dans des domaines critiques comme la finance, la santé ou le juridique, ces erreurs peuvent avoir des conséquences graves.
Coûts cachés et ROI incertain : Au-delà des coûts de licence des modèles d'IA, les entreprises découvrent des coûts d'infrastructure computationnelle massifs pour l'inférence à grande échelle, ainsi que des coûts de formation et de change management souvent sous-estimés. Plusieurs DSI ont témoigné d'un ROI encore difficile à démontrer sur les projets d'IA générative lancés en 2024.
Dépendance aux fournisseurs : La concentration du marché entre quelques hyperscalers (OpenAI/Microsoft, Google, Anthropic) crée une dépendance stratégique préoccupante. Des discussions ont porté sur l'importance de développer des capacités IA souveraines en Europe, avec des initiatives comme Mistral AI mises en avant.
Sécurité et confidentialité des données : L'envoi de données sensibles vers des API d'IA externes pose des risques majeurs de fuite de propriété intellectuelle. Les experts ont recommandé le déploiement de modèles on-premise ou dans des clouds souverains pour les cas d'usage traitant des données critiques.
Cybersécurité : la géopolitique au cœur des menaces
L'impact de la géopolitique sur le paysage cyber
Une session particulièrement suivie, animée par Alain Rogulski, CISO de Carrefour, a exploré l'impact de la géopolitique sur la cybersécurité. Les tensions internationales croissantes se traduisent par une intensification des cyberattaques sponsorisées par des États-nations, visant infrastructures critiques, chaînes d'approvisionnement et propriété intellectuelle.
Les statistiques présentées sont alarmantes : les attaques par ransomware ont augmenté de 87% en 2024-2025, avec une sophistication technique croissante. Les groupes de cybercriminels utilisent désormais des techniques d'IA pour automatiser la reconnaissance de cibles, personnaliser les emails de phishing et même générer du code malveillant polymorphe capable d'évader les systèmes de détection traditionnels.
Plusieurs cas concrets ont illustré ces menaces :
Attaques de la supply chain logicielle : Des compromissions de dépendances open source largement utilisées (à la manière de l'attaque SolarWinds) permettent d'infiltrer simultanément des centaines d'organisations. Les experts ont recommandé l'adoption de Software Bill of Materials (SBOM) et de signatures cryptographiques pour toutes les dépendances.
Sabotage d'infrastructures cloud : Des campagnes de déni de service distribué (DDoS) de nouvelle génération, orchestrées par des réseaux de bots basés sur l'IoT, atteignent désormais des volumes de plus de 1 Tbps, capables de saturer même les infrastructures cloud les mieux dimensionnées.
Vol de propriété intellectuelle : Des attaques persistantes avancées (APT) ciblant spécifiquement les secteurs stratégiques comme l'aéronautique, la défense et la pharma pour exfiltrer des années de recherche et développement.
Stratégies de défense proactive et résilience cyber
Face à ces menaces exponentielles, le salon a mis en avant une évolution stratégique majeure : le passage d'une posture réactive à une défense proactive et résiliente. Plusieurs approches ont été présentées :
Threat Intelligence partagée : La création de consortiums sectoriels permettant le partage anonymisé d'indicateurs de compromission (IoC) et de tactiques, techniques et procédures (TTP) des attaquants. En France, des initiatives comme le CERT-FR et les communautés ISAC (Information Sharing and Analysis Centers) gagnent en maturité.
Zero Trust Architecture généralisée : L'abandon du modèle périmétrique traditionnel au profit d'une architecture "ne jamais faire confiance, toujours vérifier" avec authentification multi-facteurs obligatoire, microsegmentation des réseaux et surveillance continue des comportements utilisateurs et systèmes.
Chaos Engineering sécurité : Inspiré des pratiques DevOps, le concept de "breach and attack simulation" consiste à simuler régulièrement des cyberattaques pour tester la résilience des défenses et identifier les failles avant que de véritables attaquants ne les exploitent.
IA défensive : L'utilisation de l'intelligence artificielle pour analyser des millions d'événements de sécurité en temps réel, détecter les anomalies comportementales subtiles et orchestrer des réponses automatisées. Plusieurs solutions de type SOAR (Security Orchestration, Automation and Response) alimentées par l'IA ont été démontrées sur le salon.
Gouvernance éthique des données et conformité réglementaire
RGPD, IA Act et nouvelles contraintes européennes
Une table ronde animée par Roxanne Varza, Directrice de Station F (le plus grand incubateur de startups d'Europe), a abordé les enjeux éthiques de gouvernance des données à l'ère de l'IA. Avec l'entrée en vigueur progressive de l'AI Act européen en 2025, les entreprises font face à de nouvelles contraintes réglementaires complexes.
L'AI Act impose des obligations différenciées selon le niveau de risque des systèmes d'IA :
Systèmes à risque inacceptable : Interdiction pure et simple des systèmes de notation sociale (à la chinoise), de manipulation comportementale subliminale ou d'identification biométrique en temps réel dans l'espace public (sauf exceptions sécuritaires strictement encadrées).
Systèmes à haut risque : Pour les IA utilisées dans les infrastructures critiques, l'éducation, l'emploi, les services essentiels ou l'application de la loi, des exigences strictes de transparence, traçabilité, supervision humaine et robustesse technique s'appliquent. Les entreprises doivent documenter l'ensemble du cycle de vie de ces systèmes, des données d'entraînement aux décisions produites.
Systèmes à risque limité : Obligations de transparence principalement, avec information claire des utilisateurs qu'ils interagissent avec une IA (comme pour les chatbots).
IA générative et obligations de transparence : Les fournisseurs de modèles d'IA générative doivent désormais publier des résumés détaillés des données d'entraînement utilisées, implémenter des mécanismes de détection de contenus générés (watermarking) et empêcher la génération de contenus illégaux.
Gouvernance des données d'IA : défis opérationnels
Au-delà de la conformité réglementaire, plusieurs speakers ont souligné les défis opérationnels massifs de la gouvernance des données dans les projets d'IA :
Qualité et biais des données d'entraînement : Le principe "garbage in, garbage out" est encore plus critique avec l'IA. Des modèles entraînés sur des données biaisées reproduisent et amplifient les discriminations. Plusieurs entreprises ont partagé des exemples de systèmes de recrutement par IA qui discriminaient involontairement certaines catégories de candidats.
Traçabilité et auditabilité : Être capable de retracer comment une décision d'IA a été prise, avec quelles données, quels paramètres de modèle et quelle version du code. Cette exigence nécessite des pratiques de MLOps matures avec versioning des datasets, des modèles et des pipelines d'entraînement.
Droit à l'explication : Le RGPD confère aux citoyens européens un droit d'obtenir des informations sur la logique sous-jacente aux décisions automatisées les concernant. Pour des modèles de deep learning complexes ("boîtes noires"), fournir des explications intelligibles représente un défi technique majeur. Des techniques d'Explainable AI (XAI) comme SHAP ou LIME sont de plus en plus adoptées.
Gestion du consentement pour l'IA : Comment obtenir un consentement éclairé pour l'utilisation de données personnelles dans l'entraînement de modèles d'IA, alors que les utilisations futures peuvent être imprévisibles? Cette question juridique et éthique complexe fait l'objet de nombreux débats et évolutions jurisprudentielles.
Diversité et inclusion dans l'écosystème tech
Réduire les inégalités d'accès aux carrières tech
Un axe fort du Tech Show Paris 2025 concernait les enjeux de diversité et d'inclusion dans le secteur technologique. Malgré une prise de conscience croissante, les statistiques restent préoccupantes : seulement 28% des postes techniques en France sont occupés par des femmes, et ce chiffre tombe à moins de 15% pour les rôles d'ingénierie logicielle senior et d'architecture.
Plusieurs initiatives inspirantes ont été présentées pour inverser cette tendance :
Programmes de reconversion professionnelle : Des bootcamps intensifs comme Le Wagon, Ironhack ou OpenClassrooms permettent à des personnes sans formation informatique initiale de se reconvertir en développeurs web, data analysts ou cybersecurity analysts en quelques mois. Ces programmes affichent des taux d'employabilité supérieurs à 80% à 6 mois.
Mentorat et role models : Des organisations comme Women in Tech, Elles Bougent ou Duchess France créent des réseaux de mentorat connectant jeunes talents et professionnels établis, offrant guidance de carrière, visibilité et opportunités de networking.
Recrutement inclusif et lutte contre les biais : Des entreprises partagent leurs pratiques de recrutement aveugle (anonymisation des CV), de panels de recrutement diversifiés et d'utilisation d'outils d'analyse de biais dans les offres d'emploi pour maximiser l'attractivité auprès de candidatures diverses.
Flexibilité et équilibre vie pro/perso : La normalisation du télétravail post-COVID, des horaires flexibles et des politiques parentales équitables sont identifiées comme des facteurs clés pour attirer et retenir des talents diversifiés.
L'impact de la diversité sur l'innovation
Au-delà de l'impératif éthique et social, plusieurs études présentées au salon démontrent l'impact positif mesurable de la diversité sur la performance d'innovation des équipes tech :
Des recherches du BCG montrent que les entreprises avec des équipes de direction diversifiées génèrent 19% de revenus supplémentaires issus de l'innovation par rapport aux entreprises moins diversifiées. Cette corrélation s'explique par la richesse des perspectives, la remise en question des présupposés et la capacité à concevoir des produits qui répondent aux besoins d'un marché diversifié.
Des exemples concrets ont illustré comment la diversité évite des erreurs coûteuses : systèmes de reconnaissance faciale performant mal sur certaines ethnies par manque de diversité dans les datasets d'entraînement, assistants vocaux ne comprenant pas certains accents, applications santé inadaptées aux besoins féminins, etc.
Cybersecurity Awards 2025 : l'innovation française à l'honneur
Les lauréats qui façonnent la sécurité de demain
Le Tech Show Paris a accueilli la deuxième édition des Cybersecurity Awards, récompensant les projets les plus innovants dans quatre catégories stratégiques :
Cloud Security Excellence : Le prix a été décerné à une startup française développant une solution de chiffrement homomorphe permettant d'effectuer des calculs sur des données chiffrées sans jamais les déchiffrer, révolutionnant la protection des données sensibles dans le cloud.
Data Security Innovation : Récompense attribuée à un projet de tokenisation dynamique des données personnelles, permettant leur utilisation analytique tout en rendant impossible leur ré-identification même en cas de fuite.
Code Security Breakthrough : Un outil d'analyse statique de code propulsé par l'IA, capable de détecter des vulnérabilités complexes de type zero-day avec un taux de faux positifs inférieur à 5%, soit trois fois mieux que les solutions traditionnelles.
Infrastructure Security Achievement : Une plateforme de détection d'anomalies dans les infrastructures IoT industrielles, capable d'identifier des comportements malveillants sur des équipements critiques (SCADA, automates) avant qu'ils n'impactent la production.
Ces innovations témoignent de la vitalité de l'écosystème français en cybersécurité, secteur dans lequel la France dispose d'expertises reconnues mondialement et d'un marché intérieur dynamique stimulé par des investissements publics conséquents (programmes de l'ANSSI, French Tech, etc.).
Perspectives : les tendances tech qui domineront 2026
En synthèse des deux jours d'échanges, plusieurs tendances structurantes se dessinent pour 2026 :
IA souveraine et modèles ouverts : Accélération du développement de modèles d'IA européens open source (Mistral AI, BLOOM, etc.) pour réduire la dépendance aux géants américains et chinois, avec des investissements publics et privés massifs.
Edge AI et computing distribué : Déploiement croissant de modèles d'IA directement sur les devices (smartphones, IoT, véhicules autonomes) pour réduire la latence, améliorer la confidentialité et réduire les coûts de transmission de données vers le cloud.
Quantum-ready cryptography : Avec les progrès de l'informatique quantique qui menacent les algorithmes cryptographiques actuels, migration progressive vers des algorithmes post-quantiques (Crystals-Kyber, Dilithium) pour sécuriser les infrastructures à long terme.
Sustainable IT : Prise de conscience environnementale accrue avec mesure systématique de l'empreinte carbone des systèmes d'IA (entraînement, inférence), optimisation énergétique des datacenters et écoconception logicielle devenant des critères de décision stratégiques.
Platform Engineering et Developer Experience : Évolution du DevOps vers le Platform Engineering, avec création de plateformes internes self-service permettant aux développeurs de déployer, monitorer et scaler leurs applications sans friction, tout en maintenant gouvernance et sécurité.
Conclusion : un écosystème tech français en pleine ébullition
Le Tech Show Paris 2025 a confirmé la dynamique exceptionnelle de l'écosystème tech français, porté par des investissements record en IA et cybersécurité, une nouvelle génération de startups innovantes et des grands groupes qui accélèrent leur transformation numérique.
Les débats riches et parfois contradictoires témoignent d'une maturité croissante du secteur : au-delà de l'enthousiasme pour les nouvelles technologies, les professionnels posent désormais les questions difficiles sur la fiabilité, l'éthique, la souveraineté et la durabilité de ces innovations.
Avec 8000 participants et 170 conférences, l'événement s'impose comme le rendez-vous incontournable pour prendre le pouls de l'innovation tech en France et anticiper les transformations qui façonneront nos entreprises et notre société dans les années à venir.
Les échanges du 6 novembre ont particulièrement mis en lumière la nécessité d'une approche équilibrée : adopter massivement l'IA et le cloud pour rester compétitifs, tout en développant les garde-fous techniques, juridiques et éthiques indispensables pour que cette révolution technologique bénéficie au plus grand nombre dans un cadre sécurisé et souverain.
Rendez-vous en novembre 2026 pour la prochaine édition qui promet d'être encore plus ambitieuse.



